L’Outsider

L’Outsider est un roman policier d’horreur de Stephen KING paru aux Editions Albin Michel en février 2019. 570 pages.

Parfois, le mal prend le visage du bien. Le corps martyrisé d’un garçon de 11 ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Fan inconditionnelle de Stephen King, il était évident que j’achète le dernier roman traduit en français. Je l’ai dévoré ! Stephen King est vraiment le surdoué du genre et excelle, à mon sens, autant dans le polar que dans le thriller fantastique. L’Outsider nous plonge dès les premières pages dans le vif du sujet et de l’action et ensuite impossible de poser le livre. J’ai dû quand même m’y résoudre, vie de famille, boulot et vie sociale obligent… Le roman se découpe en deux phases : une première phase où l’on est dans du roman policier pur avec la découverte du crime horrible et l’enquête, puis on bascule dans le thriller fantastique. J’avais moins aimé les dernières romans : Docteur Sleep et Revival mais j’avais adoré sa trilogie Mr. Mercedes, Carnets noirs et Fin de ronde. On retrouve d’ailleurs le personnage d’Holly Gibney. Je referme donc ce livre et… vivement le suivant !

Extraits : « Samuels déballa son hamburger et souleva délicatement le petit pain pour regarder à l’intérieur – Oh, bon sang ! On dirait un prélèvement effectué par un médecin légiste sur un grand brûlé – Ce qui ne l’empêcha pas de mordre dedans. »

« La réalité est une fine couche de glace, mais la plupart des gens patinent dessus toute leur vie sans passer à travers, sauf à la toute fin. »

Le verdict

Le verdict, de Nick STONE, est un polar publié en novembre 2018 aux Editions Gallimard série noire. 710 pages.

Nick STONE est né à Cambridge en 1966 et vit aujourd’hui à Londres. Arès Tonton clarinette (2006), Voodoo Land (2007) et Cuba Libre (2011), Le verdict est son quatrième roman. Il a reçu le Prix SNCF du polar 2009 pour Tonton Clarinette.

Après une jeunesse pour le moins erratique, Terry Flint s’est marié, a eu deux enfants et occupe depuis quelques mois la fonction de greffier chez KRP, un important cabinet d’avocats. L’associée chargée des affaires pénales le désigne pour la seconder dans un procès qui promet d’être retentissant. Vernon James, tout juste élu « personnalité éthique » de l’année, est accusé d’avoir assassiné une jeune femme dans la suite de l’hôtel qu’il occupait après la remise de son prix. Mais ce que l’avocate ignore, c’est que par le passé Vernon a anéanti l’existence de Terry, dont il était pourtant le meilleur ami. Pour ne pas perdre son travail, Terry décide de ne rien dire. Mais sera-t-il capable de remplir sa mission sans se laisser submerger par son ressentiment ? Fera-t-il vraiment tout ce qui est en son pouvoir pour prouver l’innocence de leur client ?

Cette brique de 710 pages m’a tout de suite attirée par sa couverture dans le rayon Polars/thrillers de la librairie avec ce rouge sombre et cette perruque vu de dos. J’ai plongé directement et avec plaisir dans les arcanes de la justice britannique. L’intrigue est bonne car l’auteur nous conte l’enquête et le procès et à aucun moment je ne me suis ennuyée. Je tournais les pages avec l’envie de connaître la suite. Il y a de nombreux rebondissements et le personnage de Terry est attachant. Le fait que l’accusé soit son ex-meilleur ami donne beaucoup d’intérêt à l’intrigue et au fait que le livre se dévore. Il ne faut pas se laisser impressionné par le volume du livre, les amateurs du genre aimeront, mais je conseille aussi cette lecture à ceux qui ne seraient pas tenté ou effrayé par le nombre de pages. A aucun moment je ne me suis perdue et je n’ai pas trouvé de longueur. Seul bémol, la fin un peu surprenante (mais en même temps c’est toujours mieux que de s’y attendre…) et peut-être un peu rapide dans ses conclusions mais avec déjà 710 pages déroulées… ce n’est pas si gênant !

L’ogre des Ardennes

L’ogre des Ardennes, les derniers secrets de Michel Fourniret est un livre de Stéphane Bourgoin paru aux Editions Grasset en novembre 2018. 288 pages.

L’auteur : Stéphane Bourgoin est un écrivain et libraire français né le 14 mars 1953 à Paris, spécialisé dans la criminologie et le roman policier.
Son intérêt pour les tueurs en série date de 1976, quand sa compagne est violée puis tuée par un criminel de ce type. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages publiés depuis 1983, dont la moitié traite du phénomène des tueurs en série. Ses enquêtes ont commencé vers 1979, depuis il a interrogé plus de 70 serial killers sur différents continents. Stéphane Bourgoin enseigne pendant plus de 12 ans à l’école de la Gendarmerie nationale à Fontainebleau. Il est aussi membre fondateur de l’association Victimes en Série (ViES). Son livre le plus connu est Serial Killers-Enquête sur les tueurs en série, publié par Grasset en 1991, livre traduit dans une quinzaine de langues. Dans le domaine du roman policier, il a dirigé plusieurs collections (Supercops, Super Poche, Série 33 ) et deux cent anthologies de nouvelles policières, fantastiques et de sciences fiction dont deux remportèrent le Trophée 813 du meilleur recueil de nouvelles de l’année, en 1982 et 1983.
En 1989, son ouvrage Polar : mode d’emploi remporte le prix Maurice Renault. Il a également beaucoup travaillé pour la télévision. Il réalise sa première émission pour France 3 consacrée aux tueurs en série Serial Killers : enquête sur une déviance en 1991. Depuis, il participe à de nombreux reportages pour TF1, Canal plus, Arte, M6, 13ème rue, W9, France 5, Téva, etc. En 2006, le magazine Envoyé spécial lui consacre un portrait. En 2010, la chaîne Planète commence la diffusion de la série Serial Killers, Stéphane Bourgoin enquête composée de quatre documentaires de 52 minutes. (Source : Fnac, Evene).

Le résumé : Pendant des années, il a agi en toute impunité. Depuis sa première condamnation en 1966, à l’âge de 24 ans, jusqu’à son arrestation en 2003, Michel Fourniret a laissé 11 victimes dans sillage meurtrier. Un prédateur sexuel qui a su profiter, durant presque 40 ans, du manque de communication entre les différents services de police et des failles du système judiciaire. A l’une de ses victimes en 2003, Michel Fourniret affirme  : « Je suis pire que Dutroux ». En mai 2008, il écope d’une réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour sept assassinats, viols et enlèvements. Son épouse et complice Monique Olivier est aussi condamnée à la perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 28 ans. En février 2018, « l’ogre des Ardennes » reconnait les assassinats de Marie-Angèle Domece et de Joanna Parrish, tuées en 1998 et 1990, pour lesquels il doit encore passer en jugement. En novembre 2018, il est jugé pour le meurtre de Farida Hamiche, commis le 12 avril 1988, pour s’emparer du trésor du « Gang des postiches ». Mais le passé criminel de Fourniret recèle encore beaucoup de zones d’ombre, notamment entre 1990 et 2000.
Ce livre-témoignage retrace le terrible parcours du couple Fourniret-Olivier, mais il donne aussi la parole aux victimes et à leurs proches, aux enquêteurs, aux magistrats et avocats parties prenantes dans la traque d’un des pires tueurs en série ayant sévi en France et en Belgique.

Mon avis : Il s’agit d’un livre témoignage très bien construit avec trois grandes parties. La première est constituée de paroles de victimes, la seconde de paroles d’enquêteurs et la troisième de paroles d’experts. En annexe, le test de Rosenzweig exécuté par Michel Fourniret puis Monique Olivier. Le test de frustation PF de Rosenzweig utilise comme matériel des dessins de bandes dessinées que le candidat doit compléter en fonction de la réponse qu’il jugera la plus appropriée par rapport à une situation conflictuelle et la lecture des deux tests est assez révélatrice de la personnalité de ces deux monstres. C’est donc un document très complet que nous livre l’auteur sur ce couple infernal. Stéphane Bourgoin s’est entouré de Jean-Luc Ployé, le psychiatre en charge du couple, de Maître Gérard Chemla, avocat des parties civiles, de la famille Leroy, victime de Michel Fourniret, et des journalistes Philippe Dufresne et Mathieu Livoreil, qui ont suivi l’affaire pour le quotidien L’Union-L’Ardennais.

Note de l’auteur : « Ecrire, tourner des reportages et participer à des conférences sur les tueurs en série me permet d’évacuer et de mettre toute cette noirceur à distance. Avec Michel Fourniret et Monique Olivier, je n’y suis pas parvenu… ».

Summer

Summer est un roman de Monica SABOLO, paru en 2017 aux Editions JC Lattès puis aux Editions Le livre de poche en janvier 2019. 283 pages pour l’édition poche.

L’auteure : Monica SABOLO est une romancière française née à Milan en Italie. Elle vit aujourd’hui à Paris. Elle est journaliste et a travaillé pour Elle, 20 ans et Voici. Elle a reçu le Prix de Flore en 2013 pour Tout cela n’a rien à voir avec moi et le Grand Prix de la SGDL en 2015 pour Crans-Montana (Sources : Babelio et Éditions JC Lattès).

Résumé : Lors d’un pique-nique au bord du Lac Léman, Summer Wassner, 19 ans, disparaît. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ? Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet, Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fantômes ?

Mon avis : J’ai reçu ce roman dans le cadre du Jury du Prix des Lecteurs du Livre de poche 2019 pour la sélection du mois de février. Je l’ai lu d’une traite car l’écriture est vraiment très belle, poétique et donc fluide. Malheureusement je n’ai pas été sensible au récit. Le personnage de Benjamin n’a jamais réussi à m’émouvoir malgré ses tourments. La fin ne m’a pas surprise, je m’y attendais. Il est par contre indéniable que Monica SABOLO a un réel talent pour décrire cette famille pleine de secrets et de mensonges dans une atmosphère particulière entre thriller et poésie.

Extrait : « J’ai compris que des jeunes filles peuvent s’évaporer, devenir un souffle, ou le chant d’un oiseau. Ou alors se décomposer dans un bois, sous des pelletées de terres jetées à la hâte, se métamorphoser avec les saisons, la pluie, les vers, en un tas d’ossements, nets et blancs, juste sous les pieds des promeneurs, sans que la marche du monde en soit ébranlée. »

Gabriële

Gabriële est un récit d’Anne et Claire BEREST, paru aux Editions Stock en 2017 et en janvier 2019 aux Editions Le Livre de poche. J’ai reçu ce livre dans le cadre du Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019 catégorie Littérature. 445 pages pour la version poche.

Les auteures : Anne et Claire BEREST sont deux sœurs romancières et arrières petites filles de Gabriële Buffet-Picabia. Avant de devenir écrivain, Anne BEREST a dirigé la revue du théâtre du Rond-Point. Elle publie son premier roman en 2010, La fille de son père. Suivent Les Patriarches (Grasset, 2012), Sagan 1954 (Stock, 2014) et Recherche femme parfaite (Grasset, 2015). Claire BEREST publie son premier roman, Mikado, à 27 ans et a été professeur de français. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide (Stock, 2012) et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La lutte des classes. Pourquoi j’ai démissionné de l’Education Nationale (Léo Scherr, 2012) et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs (Plein jour, 2014 et Pocket, 2015).

Le résumé : Septembre 1908. Gabriële Buffet, une jeune femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, un peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient la « femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Etival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début du XXème siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.

Mon avis : Gabriële est une lecture que je n’aurais sans doute pas découverte si je ne n’avais pas fait partie des membres du Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019. Ecrit à quatre mains par les arrières petites filles de Gabriële Buffet-Picabia, ce récit fut une belle surprise. J’ai aimé la plongée dans les années 1900 et dans le monde de l’Art de cette époque et j’ai beaucoup appris car le travail de recherche et de documentation est très poussé. C’est aussi ce qui me plait dans une lecture, apprendre ! Le récit est agrémenté de quelques photos de Gabriële et Francis et les commentaires des deux auteures en fin de chapitre sur leurs impressions, leurs échanges de souvenirs contribuent au plaisir que j’ai eu à la lecture. Le personnage de Gabriële est détonnant pour son époque : passionnée de musique c’est une femme libre, indépendante, qui ne vit que pour elle jusqu’à la rencontre avec Picabia qu’elle va aimer de façon inconditionnelle et qu’elle va inspirer ainsi que d’autres artistes de ce siècle (Marcel Duchamp, Guillaume Apollinaire). Plusieurs fois mère, elle semble peu enclin aux sentiments maternels. Le lecteur découvre une époque riche au niveau artistique et une femme dont l’Histoire (avec un grand H) parle peu et décédée à plus de 104 ans. J’ai découvert également l’œuvre de Francis Picabia à travers ce livre et je suis allée la découvrir sur Internet : https://www.picabia.com/

Extraits : « Mais comment pourrait-elle comprendre que Gabriële n’a que faire de l’homme, elle n’est là que pour l’artiste. Elle le lui laisse, l’embarras d’un mari ! Elle ne garde que l’esprit. »

« L’astringent goût du bizarre se pose déjà sur les lèvres de l’enfant, et toute sa vie elle signera de ce prénom, mais en variant les écritures, Gabriële, Gabrièle ou Gabrielle. Elle ne se soumettra à aucune loi, pas même celle de l’orthographe. »

« Francis Picabia la réalise en juin 1909, au retour de son voyage de noces en Espagne. Pour la première fois, un peintre peint quelque chose qui ne représente RIEN. Avant Picasso. Avant Kandinsky. »

La fin de la solitude

La fin de la solitude est un roman de Benedict WELLS paru en 2016, traduit en français chez Slatkine&Cie en 2017. 341 pages.

Sélection du Prix des Lecteurs 2019 du Livre de Poche.

L’auteur : Benedict WELLS est né en 1984 à Munich. Autodidacte, il n’a jamais fait d’études et à 19 ans, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture. Un choix vite couronné de succès : en 2008, il publie Becks letzter Sommer, salué par la presse, qui reçoit le Prix bavarois des arts de de la culture. Avec La fin de la solitude, son quatrième roman, il acquiert une grande notoriété et est numéro un des ventes pendant plusieurs mois. Son dernier roman, Le dernier été, est paru fin août 2018 aux Editions Slatkine&Cie.

Le résumé : Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

Mon avis : J’ai lu ce roman dans le cadre du Prix des Lecteurs 2019 du Livre de Poche, dans la catégorie Littérature, comme je l’ai déjà indiqué dans mon précédent article. Je ne connaissais pas cet auteur et le résumé ne me tentait pas plus que ça. Et bien je me suis laissée complètement emportée par le récit et les personnages. Tout d’abord lentement, doucement, les 100 premières pages puis je n’ai pas pu le lâcher et j’ai lu le livre d’une traite. Le lecteur suit trois orphelins sur 34 années, deux frères et une sœur, de leur enfance après le drame qui les frappe, jusqu’à l’âge adulte. Je me suis particulièrement attachée à Jules pour qui il faudra des dizaines d’années pour arriver à aimer et vivre sa vie comme elle est. Le personnage de Marty aurait mérité d’être plus approfondi tout comme celui de Liz que j’ai trouvé trop superficiel. La fin est très émouvante, j’ai même versé une larme… Ce livre invite à la réflexion sur le sens de la vie, la mort, la gestion du deuil, le destin. Le style est fluide, doux, les mots et les pages défilent sans que l’on s’en rende compte. Je lirai Le dernier été, publié en août 2018, sans aucun doute sans même en avoir lu le résumé.

Extraits : « Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »

« Mais l’important, ce n’étaient pas les histoires, c’était le regard sur ma vie antérieure. C que j’étais incapable de dire, je le couchais sur le papier. Quand je parlais, je pensais les choses, alors que quand j’écrivais, je les ressentais. »

« La vie n’est pas un jeu sans gagnant ni perdant. Elle ne nous doit rien et les choses arrivent comme ça. Parfois c’est juste et tout a un sens, et parfois tellement injuste qu’on doute de tout. j’ai arraché son masque au destin et, en dessous, je n’ai trouvé que le hasard. »

Jury Prix des Lecteurs Livre de Poche 2019

Vendredi 18 janvier, je reçois un mail m’annonçant que ma candidature a été retenue pour être membre du Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019 dans la catégorie littérature ! C’est la première fois que je participe à une telle aventure. J’ai réceptionné les 3 premiers romans pour la sélection du mois de Février. Il y en aura 21 au total, sur 7 mois.

LA SELECTION DU MOIS DE FEVRIER 2019 :

. GABRIËLE, de Anne et Claire BEREST : Septembre 1908. Gabriële Buffet, une jeune femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabla, un peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Etival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXème siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.

Prix déjà reçus : Prix Grands Destins du Parisien Week-end et Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro.

. LA FIN DE LA SOLITUDE, de Benedict WELLS : « Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. » Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. A la lisière de l’inconscient il se souvient.

Prix déjà reçus : Prix de Littérature de l’Union Européenne et Prix Littéraire des Lycéens de l’Euregio.

. SUMMER, de Monica SABOLO : Lors d’un pique-nique au bord du Lac Léman, Summer Wassner, 19 ans, disparaît. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ? 25 ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fantômes ?

J’ai survécu à ma mère

J’ai survécu à ma mère, survivre à la maltraitance : l’histoire vraie d’une fillette martyrisée est un récit autobiographique de Victoria SPRY, paru aux Editions City en 2016 pour la traduction française. Il a été publié en Grande-Bretagne sous le titre Tortured. 373 pages.

L’auteur : Victoria SPRY a aujourd’hui 28 ans. Depuis la fin de son calvaire il y a 10 ans, elle a enfin appris à lire, écrire et est allée à l’université. Victoria construit aujourd’hui une vie de famille normale avec son compagnon et ses chiens.

Le résumé : « Si tu parles, jamais personne ne te croira ». Aux yeux de tout le monde, la mère de la petite Victoria est dévouée et aimante. Elle affiche l’image lisse et tranquille d’une famille parfaite. Mais une fois la porte de la maison refermée, elle se transforme en un véritable bourreau, un monstre cruel. Dès l’âge de 3 ans, Victoria subit la colère de cette mère terrible : elle est battue, humiliée et maltraitée. Son enfer est quotidien, son calvaire inimaginable. La femme qui devrait l’aimer et la protéger la roue de coups, lui fait avaler du détergent ou l’attache nue dans la cave en plein hiver… Ce véritable martyre va durer 18 ans. Dix-huit très longues années. Jusqu’au jour où Victoria aura le courage de dénoncer son bourreau. Avant de se reconstruire tant bien que mal et de commencer à vivre. Enfin.

Mon avis : Ce livre était dans ma Pile A Lire depuis cet été. Je l’ai lu d’une traite ou presque. Il s’agit d’une histoire vraie, bouleversante. Victoria SPRY raconte son enfer quotidien et c’est insoutenable. Dès les premières pages du récit les horreurs commencent et se succèdent sans répit… Est-on dans un thriller ? Non il s’agit bien de la réalité, la cruauté humaine ne manque pas d’imagination… Tortures jusqu’à la frontière de la vie avec la mort, emprise psychologique, sa  « mère » fait passer Victoria pour une autiste aux yeux de tous, des médecins et lui assène qu’elle est l’enfant du Diable. Les questions que l’on se pose : comment est-ce possible ? Comment Eunice, la « mère » a t’elle pu manipuler et berner les services sociaux, le corps médical ?… Eunice Spry a été condamnée à 14 ans de prison, 26 chefs d’accusation, en sortira au bout de 7 en 2014 à l’âge de 71 ans. La reconstruction de Victoria sera longue, difficile et ce qui m’a marqué dans ce récit c’est sa force mentale, de vouloir et pouvoir accéder à une vie normale et heureuse malgré les souvenirs précis et bien ancrés des tortures physiques et psychologiques subies pendant 18 interminables années.

A voir sur YouTube, la vidéo « L’histoire de Victoria, Alloma et Christopher Spry ».

Dernière sortie pour Wonderland

Dernière sortie pour Wonderland – L’inavouable histoire de la véritable Alice et de Lewis Carroll, son bourreau, est un roman de Ghislain GILBERTI, paru aux éditions RING en 2017 et réédité au format poche (La mécanique générale) en décembre 2018. 461 pages.

NB : La photographie qui illustre cet article a été réalisée par mes soins en utilisant en arrière plan une magnifique illustration de Benjamin LACOMBE.

L’auteur : Ghislain GILBERTI est né à Belfort en 1977. Il est l’auteur de romans noirs, de poésie contemporaine, d’essais et parolier pour plusieurs groupes (Malevolentia, The Fall of Time, Fuck an Angel, De Lys, Arnaud D). Quelques romans noirs : Sa majesté des ombres (2017), Dynamique du chaos (2017), Le bal des ardentes (2015), Le baptême des ténèbres (2014), Le festin du serpent (2013 – Prix France Bleu des Lecteurs, Prix Découverte Polar Pourpre). En 2016 il a reçu le Lion d’or du meilleur auteur à Belfort pour l’ensemble de son travail et en 2018, le Prix Les Géants du Polar au Salon de Douai.

Le résumé : Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l’overdose, un étrange lapin blanc la propulse au cœur d’un monde parallèle et piégé : l’univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland. Les innocents ne sont pas toujours ceux que l’on croit, les alliés sont rares et les périls nombreux. Si elle veut rester vivante, la jeune Alice n’a plus le choix et doit reconstituer le puzzle diabolique de Lewis Carroll.

Mon avis : Alice au pays des merveilles est dans nos esprits un joli conte pour enfant, de belles adaptations au cinéma par Disney et Tim Burton. J’avoue ne mettre jamais penchée sur la biographie de Lewis Carroll jusqu’à aujourd’hui. Le roman de Ghislain GILBERTI est vraiment étrange, je ne sais dans quelle catégorie le classer : fantastique ? Thriller ? Thriller fantastique peut-être ? L’auteur brise le mythe et dénonce dans ce livre un Lewis Carroll bègue, toxicomane, amateur de photographies pornographiques infantiles, pédophile… J’ai aimé le dynamisme de la construction du roman. La jeune Alice bascule sans cesse au fil des chapitres du monde réel ou elle vit, au monde imaginaire déjanté et glauque puis à l’époque victorienne où elle est le témoin, en étant totalement invisible, de la perversion de Lewis Carroll . Les passages concernant l’auteur du conte d’Alice au pays des merveilles sont parfois plutôt crues et peuvent choquer. J’aurais aimé peut-être un peu plus d’analyse concernant la personnalité de Lewis Carroll. Le fantastique n’est pas trop ma tasse de thé mais c’est très bien construit. Ce livre n’est pas un coup de cœur mais il est tellement atypique que je ne vais pas l’oublier. J’ai aimé la fin, je me suis même demandé si Alice Price, n’avait pas rêvé, victime d’un bad trip dû à la drogue et j’ai adoré les dernières lignes du dernier chapitre avant l’épilogue qui laissent le lecteur en plein doute.

Sinestra

SINESTRA est un thriller d’Armelle CARBONEL, édité fin 2018 chez RING. 391 pages.

L’auteur : Armelle CARBONEL est née le 16 juillet 1975 à Paris. En parallèle de son activité littéraire, elle travaille pour le Ministère de la défense. Elle commence à écrire dès son plus jeune âge. A 8 ans, elle rédige des poèmes, puis à 11 ans, un roman fantastique. A 15 ans, elle se tourne vers le théâtre avec la composition de 3 pièces de théâtre, avant de revenir au roman à 20 ans. Elle remporte de nombreux prix Littéraires (Art et Lettre de France, Concours littéraire des Armées, concours de poésie de la ville de Rambouillet, Prix Calliope.) sous le pseudonyme de Rebecca Arque pour son roman Criminal Loft (publié en auto-édition en 2011) et devient membre du Collectif de la Plume Noire. Elle retravaille son thriller Criminal Loft dans une nouvelle version en 2015. Elle est également l’auteur de Les Marais funèbres et La Maison de l’ombre. En 2013, elle participe au recueil de nouvelles Santé, au profit de la fondation Maladies Rares. (source : Fnac).

Le résumé de l’éditeur : Suisse, 1942. Le Val Sinestra, refuge isolé au cœur de la Vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux.

Mon avis : Le titre, la couverture, le résumé, tout m’a attiré vers ce thriller. je ne connaissais pas cette auteure et quelle surprise ! Gros coup de cœur ! Un thriller comme je les aime, bien sombre, pas de surnaturel et un style d’écriture original que j’ai adoré. L’auteure a une façon de jouer avec la poésie des mots pour décrire l’indicible… La couverture est tout à fait représentative de l’ambiance du roman, noire et brumeuse. Je verrais bien une adaptation au cinéma et cela m’a fait penser à l’atmosphère de la saison 2 de la série American Horror Story : Asylum, pour ceux d’entres vous qui connaissent. Tout en lisant je visualisais tout à fait ce genre d’ambiance bien glauque, glaçante, tout comme les différents personnages. Jusqu’à la fin du livre cette ambiance perdure. Fin que j’avais hâte de connaitre et je n’ai pas été déçue ! Si vous aimez le suspense en huis clos bien maîtrisé, foncez !

Extrait :  » Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d’amour, jusqu’à ce que l’haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l’innocence perdue. Alors, Ana sut que maman s’était trompée. Le Mal ne connaissait pas de frontière. Il était la frontière. »