Interview Guillaume Roux, auteur

Librairie Expression à Châteauneuf de Grasse

Je vous propose désormais ce rendez-vous, la rencontre d’un auteur ou d’une auteure à travers 10 questions et 10 réponses. Je remercie Guillaume Roux d’avoir eu la gentillesse de se prêter à l’exercice. Guillaume Roux est psychologue, psychanalyste, écrivain et poète. La publication est une expérience nouvelle, une nécessité à son œuvre et son engagement d’écrivain. Il est l’auteur d’une centaine de nouvelles et de 9 romans. Guillaume Roux est un homme du Sud. Né et vivant à la croisée des collines niçoises et des terres provençales, c’est tout le climat, les parfums et les contrastes puisant des rochers de la garrigue, des terres arides et de la mer qui semblent avoir nourri sa langue et créé son style. Son roman, Que le jour commence ainsi est paru en 2018 chez Entreprendre Editions et je l’ai lu et chroniqué sur ce blog. Vous pouvez retrouvez l’article dans la catégorie « Roman ». Ce roman m’avait particulièrement touchée.

Extrait :

Je vais mourir ici, comme une statue. Il serait mort aussi, en moi. C’est peut-être ça l’amour, se fondre, disparaître. Ca donne peut-être… l’éternité. J’ai mal, je ne sais pas où, partout en moi, j’ai mal. Elle essaya de pencher le visage vers lui, vers sa nuque, cherchant à l’éprouver, le sentir. Comme elle n’y arrivait pas, sa pensée finit son geste, elle sentit sur ses lèvres la nuque froide, le fin duvet, la peau. Peu à peu, la sensation se réchauffa. Nous sommes au milieu de cette mort, ensemble. Il me tient dans son corps, il est dans le mien.

Bonjour Guillaume, qui êtes-vous ?

Bonjour Claire, et merci de merci de prendre soin, ainsi, du travail d’écrire !  » Qui êtes-vous  » est une drôle de question. Je pense que mes livres y répondent mieux que quelques éléments factuels… un gars de 48 ans. La question du  » moi  » intéresse peu la littérature et prend trop de place sur la scène littéraire. Le livre que vous avez lu, vous l’avez lu sans moi, pourrais-je dire. Et c’est ainsi que vous l’avez aimé. Pour ne pas trop me dérober à votre question, je peux quand même ajouter que j’ai donc quelques décennies, que je travaille comme psy. C’est l’écriture et mon goût pour l’esprit humain, sa complexité, qui
m’ont conduit vers ce métier.

Quand avez-vous eu envie de devenir écrivain ?

Je l’ai été, dès que j’ai écrit ma première histoire. Je devais avoir quinze ans. La poésie a toujours été là. Avant toute chose. Un roman est un poème qui essaie de s’écrire.

Travaillez-vous sur un ordinateur ou sur papier ? Avez-vous des rituels ? Prenez-vous des notes ?

Des rituels … certainement ! Si vous voyiez mon bureau ! Mille petites choses, cailloux, figurines, livres. J’écris à l’ordinateur. Mais j’ai des dizaines de cahiers, pour quelques mots, un poème. Ils ne  » servent  » pas directement au roman en cours mais sont le fil
de l’écriture qui se fait en moi.

Improvisez-vous au fil de l’histoire ou connaissez-vous la fin avant d’écrire ? Rédigez-vous un plan ou laissez-vous vos doigts courir sur le clavier ?

Je ne connais pas l’histoire que j’écris. J’essaie de voir le moins loin possible dans la narration. Un plan, par exemple, empêcherait le  » travail  » du livre. Ce qui est important,
c’est la vie du poème qui court et surtout celle des personnages. C’est eux qui
fabriquent l’histoire. Quand un personnage ouvre une porte, je ne sais pas ce qu’il va se
passer. Ce n’est bien évidemment pas aussi simple que ça, mais quand l’histoire précède
l’écrit, on perd la littérature, il faut soudain écrire pour  » rattraper  » l’idée narrative qui est allée au devant. Les idées fusent chaque instant, je préfère les laisser en marge, et qu’elles rejoignent le récit au bon moment.

En combien de temps avez-vous écrit Que le jour commence ainsi ?

Il y a toujours un long moment avant qu’une histoire ne prenne. Existe vraiment. Sans doute ai-je commencé beaucoup de  » quelque chose  » avant que cette histoire se lance vraiment. Ça devient parfois une nouvelle, parfois un poème, parfois un incipit …orphelin.
Quand c’est parti, je le sens. La forme et le geste deviennent différents. Je ne saurais dire pourquoi eux (les personnages, le poème) plutôt qu’un autre. Sans doute une question de nécessité ou de l’intimité qui est touchée avec quelques lignes. Quand c’est parti, le rythme et le travail s’ordonnent. Entre la première phrase et la dernière correction, une petite année sans doute. Avec cinq ou six mois, très intenses …

Parlez-nous un peu de ce roman, quelle a été votre source d’inspiration ?

J’ai écrit les premières lignes, l’homme qui  » manque de rater  » son train… et la rencontre première. J’ai très vite senti qui ils étaient, et que cette rencontre était décisive. Que tout
allait être bouleversé. La rencontre est une chose invraisemblable dans nos vies humaines, quelque chose est touché, au plus intime, sans que jamais on ne sache l’éclairer vraiment. Certains savent faire taire cela, toute une vie. Les personnages du roman, ont choisi de glisser, de s’ouvrir. Ça donne ce long poème d’amour, cette dérive que l’on croirait sans phare, mais qui n’a d’autre objet que l’autre, que la lumière promise, le souffle. Et pour cela, ils traversent et dépassent l’un et l’autre, dans leurs univers si différents, ce que leurs vies avaient noué. Les autres personnages du livre, comme la petite Annabelle, semblent avoir compris avant eux. Les drames sont des iles, on y accoste parfois un instant. Ils ont choisi de pas y séjourner.

Comment savez vous qu’un texte est achevé ?

Pour ce roman, le chemin que suivent les deux amants avait une issue, une échappée. Comme pour un poème, on sent que s’écrit le dernier vers, que les dernières choses écrites conduisent à son envol. Quand je trouve la formule de la dernière phrase, la dernière image, c’est une évidence. Il n’y aura aucun mot de plus.

Que souhaitez-vous transmettre à travers vos écrits ?

Je l’ignore complètement. Je pourrais dire … ce qui compte sans doute, c’est que l’écriture qui se fait en moi, qui se travaille, soit partagée. Un roman qui demeure sans lecteur est comme mort, asphyxié. Mais  » transmettre  » ? Je ne sais pas. L’image et la réalité poétique du monde que je vois, que je vis, peut-être. Que le lecteur soit touché, ressente les personnages, les aiment ou les détestent, qu’ils leur parlent, intimement. Peut-être aussi quelque chose qui ressemblerait à l’apparition inattendue, de la beauté.

A t’il été facile de trouver un éditeur ?

Pour ce livre, oui ! Ce qui est assez incroyable car tous mes autres romans (une dizaine, non édité à ce jour) ont connu tous les refus possibles des maisons d’éditions. Pour que le jour commence ainsi, je n’avais fait qu’un seul envoi… vain. Puis j’ai rencontré mon éditeur qui créait sa propre maison d’éditions (Elix-Entreprendre ). Il était plein d’enthousiasme et la chose s’est faite très vite. La maison était naissante, la distribution et la com’ ont été compliquées. A ce jour, ce roman a dû n’être vendu qu’à moins de 300 exemplaires. …

Des projets d’écriture en cours ? Des salons et des séances de dédicaces prévues cette année ?

Oui bien sûr ! J’écris. Deux romans depuis celui-ci. L’un est plus adressé aux jeunes adolescents (il a plu aussi aux parents qui l’ont lu…) et un autre, sous la forme d’un récit, drôle et populaire, qui raconte la … coupe du monde de foot, vécue par un quadra et son
copain. Je rêvais qu’il soit publié en épisode dans un quotidien comme l’Equipe ou un journal local… mais ça n’a pas pris.

Je suis actuellement dans l’écriture d’un roman. Un portrait de femme, une mère de famille dans le contexte social de notre époque …
Et sur ce, j’y retourne.

Vous dire aussi, combien les bons mots sur mon livre ont compté ! Vous remercier sincèrement. Les quelques blogueuses et blogueurs Instagram qui ont parlé du livre lui ont donné vie.

Merci à vous !


3 réflexions sur “Interview Guillaume Roux, auteur

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