Roissy

Roissy est un roman de Tiffany Tavernier paru aux éditions Sabine Wespieser fin août 2018 et en format poche aux éditions Point en août 2019. 228 pages.

Photo : collection personnelle de Tiffany Tavernier

Tiffany Tavernier est romancière. Elle est notamment l’auteur de À bras le corps et de L’Homme blanc (Flammarion). Elle est aussi coscénariste de Ça commence aujourd’hui et de Holly Lola, deux films de Bertrand Tavernier. Son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (1999) retrace son expérience dans les mouroirs de Calcutta, à dix-huit ans. 
Depuis lors, elle n’a cessé d’écrire et de voyager de par le monde.

Marcher, toujours marcher pour ne pas être captée par les caméras de surveillance. Munie de sa valise, elle arpente inlassablement les couloirs de l’aérogare. Touristes affolés, hôtesses raffinées, et hommes d’affaires pressés sont son seul refuge face à la peur qui l’assaille. Car depuis maintenant huit mois, elle ne possède ni mémoire, ni passé. Elle est une indécelable, et Roissy est devenu son foyer.

Parfois, je me dis que j’aimerais rester ici toute ma vie. Partout, ailleurs, le monde me fait si peur.

Un roman avec des chapitres courts et plutôt original. La narratrice a élu domicile à Roissy suite à un épisode d’amnésie. Sans mémoire et sans passé, SDF, elle tire sa petite valise dans l’aéroport en se rendant de terminal en terminal et en observant les gens : les discussions des voyageurs, les panneaux avec les numéros de vol, les boutiques, les enseignes, les conversations échangées par les personnels, les demandes affolées des passagers en transit. Elle engage des conversations, s’invente des vies et ne montera jamais dans un de ces avions. Je me suis tout de suite attachée à ce personnage qui tente de rester propre et bien habillée, d’échapper aux forces de l’ordre et de survivre dans cet aéroport. On suit ses rencontres, ses moments de joies, ses angoisses et le récit est très touchant. Il y a le personnage de Vlad, l’homme à qui elle se confie parfois et qui vit dans la galerie souterraine d’où lui ne sort jamais. Sa vie est rythmée par des habitudes, des rituels afin d’échapper à l’angoisse qui l’assaille. Elle s’attache notamment à Luc, l’« homme au foulard » présent tous les jours, à l’arrivée du vol Rio-Paris. Personnage qui va prendre de l’importance dans sa vie. Puis un drame. Je ne peux en dire plus pour ne pas trop en dévoiler. Ce roman est un très beau portrait de femme, plein d’émotions et qui fait réfléchir sur les capacités de l’être humain à survivre et renaître à soi. La fin m’a beaucoup émue…

Je reste encore un long moment à regarder le flot des passagers. J’imagine leur vie, leur métier, leur invente des destinées que j’aimerais coucher sur le papier, ce que je ne ferai pas par superstition, comme si écrire sur eux pourrait influer le cours de leur existence.


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