L’extase du selfie

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, de Philippe Delerm, est un recueil de textes courts publié aux éditions du Seuil et paru en septembre 2019 pour la rentrée Littéraire. 108 pages.

Photo Hermance Triay

Philippe Delerm, né en 1950 à Auvers-sur-Oise, voue son écriture à la restitution d’instants fugitifs, à l’intensité des sensations d’enfance. Inventeur d’un genre dont il est l’unique représentant, l' »instantané-littéraire », Philippe Delerm s’inscrit dans la lignée des grands auteurs classiques qui croquent le portrait de leurs contemporains, tels La Fontaine ou La Bruyère. Il est l’auteur de nombreux livres à succès, dont La Première Gorgée de bière, Je vais passer pour un vieux con ou Sundborn ou les Jours de lumière (Pris des Libraires, 1997). Il est aussi professeur et vit avec sa femme, Martine Delerm, en Normandie.

Et vous, quel geste vous trahit ? Il y a les gestes qui disent l’embarras, d’autres la satisfaction de soi, certains encore le simple plaisir d’exister, là maintenant, sur cette terre. Mais tous nous révèlent, dans nos gloires comme nos petitesses, nos amours comme nos détestations : le selfie, geste roi de nos vies modernes ; le « vapotage », qui relègue l’art de fumer à un plaisir furtif, presque honteux ; les hommes de pouvoir qui se grattent le dessous de leur chaussette ; cette façon qu’on a parfois de tourner le volant avec la paume de la main bien à plat ; un verre qu’on tient à la main sans le boire…

(Conduire un caddie). Le caddie est à la fois docile et rétif. Son large empattement, ses amples proportions appellent une consommation abondante et facile. Bocaux, boites et bouteilles ne demandent qu’à quitter les rayonnages pour plonger dans ce ventre à roulettes, excroissance vaguement obscène, métaphore d’une rencontre ouverte aux yeux de tous entre le désir programmé et le désir inopiné.

Après A nu Paris, d’Igor Quézel-Perron, je poursuis avec les belles Lettres et un recueil de textes courts. Un livre amusant où l’auteur décortique avec un grand art nos petits gestes ou manies du quotidien. C’est perspicace et plein de finesse, il y a de l’humour et des bons mots, à lire d’une traite ou bien piocher au hasard un ou deux récits de temps en temps. J’ai adoré certains textes, d’autres un peu moins, quelques uns m’ont un peu ennuyée. Encore une idée de livre à offrir aux amoureux de la langue française.

(Remonter ses manches). Pendant un bon moment, cela reste une virtualité que l’on repousse. Il y a un certain plaisir à garder ses manches longues boutonnées, surtout depuis que la mode encourage à laisser les pans libres flotter sur le pantalon. On est dans le coton, le lin, évidemment. Pas des chemises de banquier à enfermer dans un costume. La ligne slip fit revendiquée par l’étiquette invite à faire de la chemise seule un petit théâtre de coquetterie.


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