Une minute quarante-neuf secondes

Une minute quarante-neuf secondes est un récit témoignage de Riss, alias Laurent Sourisseau, paru le 2 octobre 2019 aux éditions Actes Sud. 312 pages.

 Photo Joël Saget

Né en 1966, Riss rejoint La Grosse Bertha en 1991 où il rencontre Charb, Luz, Cabu, Philippe Val et toute l’équipe du futur Charlie Hebdo. En juillet 1992, il participe à la reparution de Charlie Hebdo. En 2009, à la suite du départ de Philippe Val, il partage avec Charb la direction du journal. Le 7 janvier 2015, il est blessé lors de l’attentat contre Charlie Hebdo et devient le directeur du journal.

Une minute quarante-neuf secondes raconte une histoire collective et son atomisation instantanée ultraviolente. C’est le récit intime et raisonné d’un événement tombé dans le domaine public : l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. À travers le solitaire trajet de l’impossible retour à l’impossible normale, Riss tente de se réapproprier son propre destin, de réhabiter une vie brutalement dépeuplée, et apprivoise l’inconfortable légitimité du rescapé qui se soustrait à sa stricte condition de victime, le choc impensable du massacre idéologique, le scandale d’une rééducation qui mêle douleur, perte, deuil, révolte et rage. « Il est impossible d’écrire quoi que ce soit » : ce sont les premiers mots de ce livre, magistralement démentis, avec une probité et un courage intellectuel rares. « Comment être à la hauteur de ce qui nous est arrivé ? » : c’est l’insoluble obsession qui accompagne jour après jour son auteur. Question qui nous engage, nous autres lecteurs à qui, aussi, en un sens, Charlie Hebdo est arrivé.

Un récit empreint d’émotion que j’ai lu presque d’une traite. Riss, dessinateur de presse et Directeur de Charlie Hebdo revient sur la tuerie du 7 janvier 2015 et évoque la minute et les 49 secondes qui ont fait basculer sa vie. Certains chapitres sont consacrés à des souvenirs d’enfance, d’autres aux 12 personnes décédées dans l’attentat, ou encore à son séjour à l’hôpital. Pas de voyeurisme mais un témoignage sur la difficile reconstruction et pour ne pas oublier, un retour à la vie comme dans Le lambeau, de Philippe Lançon. La couverture du livre est étrange et m’avait interpelée. Il s’agit en fait d’un détail du Chasseur à cheval de Géricault. « Gamin, se souvient Riss, j’étais fasciné » par ce tableau notamment par « l’oeil écarquillé du cheval traversé par la peur ou la folie ». Riss en profite également pour régler quelques comptes.

Février 2015. De retour de l’hôpital, je reprenais possession de mon domicile. Pratiquement à l’identique depuis le matin du 7 janvier. Les retrouvailles avec le lieu familier diffusaient en moi la saveur aigre-douce des premières fois, celle des émotions inédites, dont on ne sait si elles seront délicieuses ou déplaisantes. Le petit pincement au coeur qu’on éprouve quand on glisse la clef dans la serrure de son petit monde et l’oppressant souvenir de tous ceux qu’on ne reverra plus jamais. Deux émotions inextricablement enlacées qui ensemble en forgent une troisième, comme la nausée d’une maladie inconnue.


2 réflexions sur “Une minute quarante-neuf secondes

  1. Le roman de Philippe Lançon évoque également cette minute et quelque à qui m’avait glacée….. Je ne sais pas si je lirai à nouveau un témoignage sur cet événement tellement Lambeau m’avait plu …. 🙂

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