Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie est un récit de Sylvain TESSON qui a été publié aux Editions Gallimard en 2011. Folio a édité pour les fêtes 2018 une jolie édition en format poche.

L’auteur : Sylvain Tesson est né en 1972, il est titulaire d’un DEA de géopolitique. C’est un voyageur, il a participé à de nombreuses expéditions, et un écrivain, notamment des nouvelles. Il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle 2009 pour Une vie à coucher dehors et le prix Médicis 2011 pour Dans les forêts de Sibérie. Il développe une passion peu commune pour l’escalade des toits et plus particulièrement ceux des églises et cathédrales. En 2014 il est d’ailleurs victime d’un grave traumatisme crânien suite à une chute de près de 10 mètres. Il est placé en coma artificiel. Trois mois après cet accident, voici comment il décrit cette épreuve : « Ces trois mois de repos, de sobriété, de silence, d’examen de moi-même ont été bénéfiques. Ma vie était un carnaval endiablé et légèrement suicidaire, il était bon de ralentir un peu les chaudières intérieures, de descendre du train. Je conserve une paralysie de la face qui me donne un air de lieutenant prussien de 1870. J’ai aussi perdu l’ouïe à l’oreille droite mais, étant partisan du silence, que René Char appelait « l’étui de la vérité », je ne m’en plains pas. Notre société est devenue hystérique et bruyante »

Le résumé de l’éditeur : J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Pendant six mois, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. Deux chiens, un poêle, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence. Tant qu’il y aura des cabanes au fond des forêts, rien ne sera tout à fait perdu.

Mon avis : Cette lecture est à recommander à tout le monde ! La forêt, la neige, la cabane de 3 mètres sur 3, du thé brulant, des livres et beaucoup de vodka, on se laisse bercer par les contemplations de l’auteur. Chapitre après chapitre, bourrés de références littéraires et philosophiques, j’ai été surprise du style de Sylvain TESSON, que je découvre avec cet ouvrage, très différents des habituels récits de voyages. Les réflexions de l’auteur : Apprivoiser le temps, regarder pousser les arbres, revenir aux vraies valeurs, oublier notre société de consommation, se recentrer sur l’essentiel (le tout par -30 degrés). Le petit moins de ce livre : quelques passages un peu ennuyant à mon sens qui relèvent d’un banal journal intime de voyage et qui contrastent furieusement avec la poésie et la richesse d’autres chapitres.

Extrait : « Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent aux marais. Les premières sont dures et froides en surface mais profondes, tourmentées et vivantes en dessous. Les secondes sont douces et spongieuses d’apparence mais leur fond est inerte et imperméable. »

« Insomnie. Regrets et découragements dansent en sabbat de sorcier dans ma boîte en os. Quand le soleil revient, à 4h30 du matin, la lumière chasse les chauve-souris et je m’endors enfin. Est-ce la fatigue ? Lorsque je me lève, à midi, je flotte dans un doux abrutissement. Perspective de félicité : la journée ne doit rien m’apporter de neuf. Personne à l’horizon, pas une tâche à accomplir, nul besoin à satisfaire, aucun salut à rendre. Quelques révérences vespérales éventuellement au phoque de 6h30 et à une escadre d’eiders. »