La perfection du revers

L’auteur : Manuel SORIANO est né à Buenos Aires en 1977 et vit à Montevideo depuis 2005. Il dirige une maison d’édition de livres pour la jeunesse et est l’auteur de plusieurs recueils de contes. « La perfection du revers » a été publié chez ACTES SUD. Il a reçu le prix Clarins du roman 2015.

L’histoire : C’est le récit de la vie de Patricia Lukastic, prodige du tennis argentin dans les années 90, poussée par son père à une carrière de haut niveau, qui a dû mettre un terme à sa prometteuse carrière à 21 ans à cause d’une blessure aux vertèbres. Elle fait appel à un écrivain argentin afin qu’il écrive sa biographie, alors qu’elle a maintenant une quarantaine d’années et qu’elle vit retirée, oubliée du monde du tennis et loin de tout, avec des chiens comme seule compagnie.

Mon avis : La jolie couverture et le thème du roman m’ont tout de suite attirée. Fan de tennis dans ces années là j’ai eu plaisir à lire les détails techniques de jeu et à retrouver les noms et carrières des stars de l’époque : Steffi Graf, Lindsey Davenport, Monica Seles et même André Agassi. Le roman se lit comme une biographie bien que le personnage de Patricia Lukastic soit totalement fictif. Les chapitres alternent sur son enfance, son adolescence, les premiers pas au plus haut niveau et le dernier tournoi. C’est le récit d’une gamine sacrifiée pour un rêve de gloire, surtout celui de son père qui vit par procuration sa propre ambition. J’ai lu ce livre rapidement et avec plaisir mais je l’ai trouvé un peu lisse. Le thème laissait supposer que l’émotion serait au rendez-vous … et bien j’ai été déçue sur ce point là. Cela reste néanmoins un bon moment de lecture.

Extrait : « … l’univers du début des années 1990 – les tenues, les attitudes, les coiffures, les publicités, les couleurs, la typographie des magazines – me paraît incroyablement lointain. Sur une photo, Luka tient un fragile trophée au-dessus de sa tête : cheveux jaune paille aux racines sombres, frange effilée qui tombe au milieu du front, impossible de distinguer comment finit la coupe derrière mais je soupçonne une ligne horizontale abrupte et parfaite, un peu en dessous des épaules. À côté d’elle, un homme d’une soixantaine d’années portant un pantalon gris, une cravate à rayures et un blouson de sport bleu avec un écusson plus clair au niveau de la poche. L’homme sourit et regarde Luka. S’il n’est pas en train d’applaudir, il arbore néanmoins une expression de reconnaissance absolue. Je pense un instant qu’il peut s’agir du père, mais il n’a pas l’air polonais et ne ressemble pas à Luka. À dire vrai, il a la dégaine qu’on peut attendre de l’organisateur d’un modeste tournoi de tennis de cette époque. Il vient probablement de lui remettre le trophée et ressent cette satisfaction profonde de la tâche accomplie. Luka, à l’inverse, ne sourit pas, ne dévoile pas ses dents. Elle a la poitrine plate et une jupette blanche aux motifs bleus qui lui donne l’air d’un moussaillon, version féminine. La photo n’est pas datée, mais Luka a treize ans tout au plus. »

La 6e extinction

L’auteur : James ROLLINS est un auteur de thrillers de renommée internationale, souvent comparé à Michaël Crichton. Spéléologue et plongeur invétéré, il s’inspire de ses aventures personnelles pour écrire ses romans, dont 16 sont déjà parus chez Fleuve Editions. « La 6e extinction » est le dixième de la série Sigma. Le site de l’auteur : James Rollins

L’histoire (résumé de l’éditeur) : Une station militaire de recherche, cachée dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie, envoie un message de détresse inquiétant : « Il y a eu une faille de sécurité. Qu’importe le résultat : Tuez-nous… tuez-nous tous. » Lorsque les secours arrivent sur place, ils font face à une situation apocalyptique : en plus des scientifiques, toute forme de vie aux alentours est anéantie ; même les bactéries n’ont pas survécu. Et le phénomène se propage à une vitesse effrayante. Pour stopper l’inévitable, le commandant Gray Pierce et son équipe Sigma doivent affronter un danger qui provient d’un passé lointain, à une époque ou l’Antarctique était verdoyant et où la vie sur Terre ne tenait qu’à un fil. Parviendront-ils à éviter l’extinction prochaine de l’humanité ?

Mon avis : C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je n’ai pas été déçue même si au départ j’ai eu un doute sur mon choix. C’est la couverture et le titre qui m’ont attirés, le résumé un peu moins. J’ai pensé à un scénario de film genre grosse production américaine, plein de clichés et au déroulé sans surprise et invraisemblable. Et à la lecture… et bien pas du tout ! Ce pavé de plus de 580 pages est très riche et les aventures défilent à toute vitesse. L’auteur nous embarque avec les personnages charismatiques et attachants. De plus c’est extrêmement bien documenté du point de vu scientifique. Dans une quinzaine de pages à la fin du livre, l’auteur nous dévoile ses sources, ses notes historiques  avec des actualités scientifiques et je pense que ces pages sont à lire avant de commencer le roman, ça le rend encore plus prémonitoire… Vérité ou fiction ?… C’est d’autant plus terrifiant. Allons-nous vers cette 6ème extinction ? En tous cas cela m’a donné envie de lire d’autres romans de James Rollins.

Extrait : « La vie sur Terre a toujours été une affaire d’équilibre – un réseau d’interconnectivités à la fois complexe et étonnamment fragile. Il suffit de supprimer, voire de modifier, quelques éléments clés pour que l’ensemble du système vacille et tombe en miette. »

Maudite !

L’auteur : Denis ZOTT travaille comme directeur de cabinet et de la communication à la Mairie de Saint-Tropez. Il s’agit de son deuxième roman publié aux éditions Hugo Thriller. Son premier roman, « La chute du cafard » va être réédité en septembre, conséquence du succès de « Maudite ! ».

L’histoire (résumé de l’éditeur) : Marseille. En face du stade Vélodrome, le dixième étage des Mimosas est en flammes. C’est l’appartement de Tony Beretta, petit dealer mais légende parmi les supporters ultras de l’Ohème. Une jeune femme, blessée, parvient à s’échapper du brasier. Luce, 16 ans, une gueule d’ange, enceinte jusqu’aux yeux, n’est pas partie les mains vides : elle s’est enfuie avec l’argent et la drogue de Tony. Et l’argent et la drogue ça attire du monde. Canari, le flic pourri de la BAC. Les hommes de main d Tony. Ceux du Libyen, jeune caïd qui a pour ambition de renverser les anciens. Et même Yasmina, l’infirmière, trop belle pour être innocente, qui veille sur Luce et ses jumeaux. Impossible pour Luce de se sortir seule de ce piège qu’est devenue sa ville. Mais à qui faire confiance, comment survivre et protéger ses bébés, quand sa propre mère dit qu’elle est maudite, et que son ange protecteur pourrait bien s’avérer être un démon ? Pour trouver la lumière, Luce n’aura d’autre choix que de faire face à ses pires cauchemars.

Mon avis : Au départ, ce livre ne m’a pas interpellée excepté le titre peut-être. La 1ère de couverture ne m’a pas emballée plus que ça et le résumé en 4ème de couverture encore moins… Et puis j’ai consulté les avis sur le net et plus particulièrement sur Instagram, j’ai consulté la page de l’auteur. Devant l’enthousiasme des lecteurs ma curiosité a commencé à être titillée, puis j’ai fini par l’acheter lors d’une pause déjeuner au boulot. Et… aucun regret ! Ce livre est explosif ! Je l’ai dévoré en très peu de temps et eu un mal fou à le lâcher pour ne serait-ce qu’aller bosser et avoir un minimum de vie sociale ! L’auteur nous entraine dès les premières pages dans un tourbillon d’action jusqu’à la fin et le livre fait quand même 414 pages. C’est brut, c’est vif, ça dépote, pas de temps mort ! Les personnages sont tous hauts en couleur et on a qu’une hâte, avancer dans l’histoire afin de découvrir ce qui va leur arriver et quel sera le dénouement. L’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Une fois le livre terminé, on peut à nouveau respirer et reprendre une activité normale ! Emballée, j’ai échangé quelques mots avec l’auteur via Instagram et j’ai commandé à mon libraire de quartier son premier roman, « La chute du cafard », polar très dense, d’après l’auteur, et différent de « Maudite ! » dont il ne s’attendait pas à un tel engouement.

Extrait : « Je m’étais planquée derrière les poubelles. Ca sentait l’humidité rance, les restes de crustacés et le tabac froid. Des cafards me grimpaient dessus. Je m’en foutais. J’attendais que mon cœur s’arrête, ou que mon cerveau cesse de fonctionner. Avec le film d’horreur qui tournait en boucle dans ma tête. Ne plus penser. Tout effacer. Arracher ces dernières semaines de ma mémoire. Les crever comme des boutons de pus. Et après ce soir, ne jamais avoir existé. »

Mes mots sont les fleurs de ton silence

L’auteur : Antoine PAJE est né en 1971 à Paris. Diplômé de l’ENSIA (AgroParisTech) il a été gérant de Société et a travaillé plusieurs années à l’étranger. Il est l’auteur d’un premier roman en 2014 « Et il me parla des cerisiers », puis d’un deuxième en 2015 « Et elle me parla d’un érable, du sourire, de l’eau et de l’éternité ». « Mes mots sont les fleurs de ton silence » est donc son troisième roman.

L’histoire : Arnaud n’écoute plus rien ni personne. Il a tout ce dont un homme accompli peut rêver : une épouse docile, des enfants qu’il aperçoit à peine au petit déjeuner, des maîtresses à disposition. Mais un jour il perd le contrôle de sa voiture. Plongé dans le coma, il reste alité, les yeux clos, apparemment inconscient. Et pourtant, il entend tout. Ses proches se succèdent à son chevet, dévoilant leur vrai visage. Il comprend à quel point il s’est trompé sur lui-même et sur les autres. Surviendront quelques cinglantes révélations et de magnifiques surprises. Et du silence vont éclore les fleurs les plus inattendues.

Mon avis : Un très joli titre et une belle couverture qui m’ont tout d’abord attirés. 222 pages dévorées. J’avais lu des avis mitigés sur ce roman et sur le personnage d’Arnaud et sa famille trop « cliché ». Je n’ai pas trouvé Arnaud caricatural, c’est un homme pris dans la routine de sa vie familiale et professionnelle et qui ne fait plus attention à ses proches, plus particulièrement sa femme et ses enfants, situation assez banale… Alors qu’il est dans le coma sur son lit d’hôpital inconscient en apparence, on découvre petit à petit les secrets des uns et des autres et Arnaud qui après chaque visite va détourner les yeux de son nombril…. Une belle écriture, fluide, tout comme le titre le laisse supposer à mon sens.

Extraits : « – Il s’appelle comment ? – Morin, Arnaud Morin. Un industriel du coin. – Arnaud eut l’impression que son coeur s’arrêtait de battre. Pourtant le moniteur situé à côté de sa tête, qu’il ne voyait pas, matérialisait un rythme cardiaque très régulier. Une jolie sinusoïde verte. Une succession de petites collines suivies de courts plateaux. La différence entre la vie et la mort. Et puis, l’obscurité. Et puis, le silence. Et puis, à nouveau le néant. »

« Le son étouffé de la porte qui se refermait derrière elle. Il sentit des larmes dévaler, tièdes, il ne savait trop où. En dedans de lui. Arnaud apprit ce jour là qu’un cerveau pouvait pleurer. »

La Ballade de l’enfant gris

Auteur : Baptiste Beaulieu

L’histoire : C’est l’histoire de Jo’, un jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit. C’est l’histoire de No’, un garçon de 7 ans, attachant et joueur, qui est atteint d’une maladie incurable et ne comprend pas sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital. C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils. Un matin survient un drame qui lie pour toujours le destin de ces 3 êtres.

Il s’agit du troisième roman de l’auteur, inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients. Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et l’auteur d’un premier livre remarqué (que j’ai lu aussi) « Alors voilà : les 1001 vies des Urgences » qui a connu un beau succès de librairie, a été traduit en 14 langues et a reçu le prix France Culture « Lire dans le noir ». Son roman « Vous ne serez plus jamais triste » (pas encore lu) a reçu le prix Méditerranée des Lycéens en 2016. Son blog « Alors voilà » compte plus de 2 millions de visiteurs.

« La Ballade de l’enfant gris » a reçu le Grand prix des lecteurs 2018 et le Grand prix littéraire de l’Académie Nationale de Pharmacie 2017.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman et j’ai eu du mal à le lâcher ! C’est très bien écrit et je me suis immédiatement attachée aux personnages de Jo’ et du petit garçon. Le roman est construit en 4 parties , il débute par le moment fatidique, intitulé tout au long du livre : « La Déchirure ».

Ce premier chapitre est le point de départ de l’écriture du roman. Les chapitres s’alternent (un sur deux) : « Avant la Déchirure » et « Après la Déchirure ». D’ailleurs deux typographies différentes sont utilisées ! C’est original ! Malgré ce va-et-vient on ne perd pas le fil.

Jo’, le jeune interne en pédiatrie, part sur les traces du passé de la mère du petit garçon afin de comprendre pourquoi elle est si peu présente alors que son fils va mourir. On suit son périple et son enquête. Je suis restée scotchée au livre, j’avais moi aussi hâte de le découvrir… Mère indigne ou bien… Je ne peux rien dévoiler !

Récit émouvant… j’ai même versée une larme vers la fin du roman…  Je vous conseille ce roman !

Extraits : « A 9h58, Jo’ poussa mollement la porte du service quand son téléphone vibra. Sa mère lui annonça la nouvelle qui le fit vaciller. Il promit d’arriver au plus tôt, puis raccrocha. Il tremblait. Il était alors 10h02. A quelques mètres de la chambre 33, il se baissa pour boire à la fontaine à eau dans le couloir, heurta le robinet. « Fais pas ta chochotte ! » se gronda-t-il, une main posée sur son front qui saignait, l’autre sur la poignée de porte. Chambre 33…  » …

« A 10h04, Jo’ entra dans la chambre 33, vit Maria Tulith et son enfant de sept ans allongé sur le lit. A 10h10, il se produisit entre eux ce que Jonas appelerait la « Déchirure ». Toute sa vie il y aurait un avant et un après cette Déchirure. A cause d’elle, il partit en voyage, par-dessus les montagnes puis au-delà des mers, jusqu’au bout du monde, pour réinventer sa vie et trouver la vérité. Avec le fantôme de l’enfant ».

Les gens dans l’enveloppe

J’ai terminé le livre hier soir tard et c’est un gros coup de coeur !

L’histoire :  En juin 2012, l’auteure a acheté sur un site d’enchères à un brocanteur un lot de 250 photographies d’une famille dont elle ne sait évidemment rien. Les photos lui sont expédiées dans une grosse enveloppe blanche. Dans l’enveloppe, des inconnus. Une idée vient à Isabelle Monnin, écrire un roman sur la base de ces photos puis enquêter afin de retrouver ces personnes. Elle va en parler à son meilleur ami, Alex Beaupain, qui va en faire des chansons. Le livre est donc composé de trois parties : un roman, un album photo et une enquête.

Mon avis : La partie roman – Coup de coeur non pas pour le récit de la vie inventée de chacun des personnages des photos mais pour le style. Les phrases sont courtes, mais il y a de si beaux passages ! C’est poétique, émouvant même ! Je me suis attachée aux personnages alors que j’ai trouvé l’histoire un peu banale… L’enquête – J’ai dévoré cette partie, on partage l’enthousiasme de l’auteure à chercher les personnes des photos et c’est tout aussi émouvant. Un livre vraiment original, une jolie surprise ! Il me reste à découvrir les chansons.

Quelques extraits : « Autour de la table s’assoient les années. Il faudrait leur mettre des verres mais ils sont tous sales.On ne boira pas. Sur leurs genoux se hissent les mensonges, les manqués, cette assignation cachée sous les buissons, et les longs rires aussi – Mimi imitait la mère et elles riaient jusqu’au dormir. Autour de la table s’assoient les années ; sur leurs genoux, bien droits se tiennent les souvenirs. Elle va manger bientôt ».

« Quand il n’y aura plus du tout d’eau en elle, quand tout sera vide, lu et mangé, elle redeviendra bois. Ses bras, ses jambes, des branches noueuses. Ses mains, l’écorce de ses mains. Son visage de tronc creux. Elle se couchera sur la table en chêne, son père, sa mère, ses frères des forêts. Elle attendra. Sous l’écorce soulevée, des vermisseaux ».

« Elle voudrait parfois se coudre. Coudre ses paupières, manger les photos et puis coudre sa bouche. Se coudre pour tout garder dedans ».